POURQUOI LE COMMUNISME EST A L’ORDRE DU JOUR ?
Prénom : Jean-Claude
Email : sandrier.jean-claude@wanadoo.fr
Section : Bourges
Sujet : Socialisme/Communisme
Contribution :
POURQUOI LE COMMUNISME EST A L’ORDRE DU JOUR ?
Contribution Jean-Claude SANDRIER. 40e congrès PCF.
L’affirmation risque d’être jugée audacieuse, téméraire, peut-être même folle. Tant pis.
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Elle est folle si nous n’expliquons pas que le communisme n’a jamais existé. Selon la définition même de Marx.
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Elle est folle si nous considérons que le communisme est une société idéale, qu’elle ne peut exister aujourd’hui et que nous devions « aller chercher » par des étapes, plus ou moins nombreuses, plus ou moins longues, afin de toucher enfin à l’idéal, voire au paradis sur terre.
Or nous savons, et rien actuellement nous demande de revenir sur ce que Marx et Engels disaient déjà au 19e siècle : « Le communisme n’est ni un état qui doit être créé, ni un idéal sur lequel la réalité devra se régler, mais le mouvement réel qui abolit l’état actuel. » Il est intéressant de noter que cette pensée se trouve dans « L’idéologie allemande » et se retrouve bien plus tard dans « La guerre civile en France ».
Longtemps nous avons mis des étapes : « Démocratie avancée », « Socialisme ». Dans un lointain, très lointain nous avons dit : le communisme est la société dans laquelle chacun recevra selon ses besoins en donnant « selon ses capacités ». Mais nous y sommes ! La richesse accumulée du monde fait que les besoins essentiels de l’humanité, toute l’humanité, peuvent être satisfaits. C’est pour cette raison que Marx avait indiqué que le communisme ne pouvait advenir qu’à partir de pays capitalistes ayant hautement développé les forces productives et les moyens de production et donc à même de satisfaire les principaux besoins de l’être humain. Seul l’objectif du système et ses contradictions empêchent qu’il en soit ainsi.
Ses contradictions et sa décomposition avancée sont aujourd’hui à un niveau tel que le système lui-même, qui a toujours su, plus ou moins les surmonter, est dans l’incapacité de le faire désormais, sauf à organiser un déséquilibre mondial de plus en plus grand, de plus en plus dangereux, porteur de guerres dont une seule pourrait être fatale à l’humanité. Il s’agit d’une première donnée qui démontre que nous sommes passés à un changement qualitatif au plan mondial. Bertrand BADIE dans son dernier livre : « Par-delà la puissance et la guerre » et son sous-titre : « La mystérieuse énergie sociale », écrit qu’aujourd’hui : « La puissance détruit, terrorise, coûte, mais ne construit plus… la puissance a déçu et, au lieu de la dépasser, le malheur (ou la facilité) veut qu’on tente de la reconstituer à l’ancienne, plus forte et plus provocante à mesure qu’elle montre son inefficacité. » Pour conclure cette introduction, qui pose la question de la puissance incapable de proposer un ordre de substitution, l’auteur précise qu’elle « peut détruire et le fait de plus en plus, mais elle ne parvient plus à construire ».
1) Alors se pose la question de l’avenir de la planète et de l’humanité.
La question est bien d’écrire aujourd’hui une page nouvelle de l’histoire. A partir de quoi ? Il n’y a jamais eu autant d’interdépendances, de complémentarités, qui invitent à davantage de liens, de solidarité, de fraternité et moins de concurrence totalement sauvage et imbécile.
En conséquence il y a de moins en moins de place pour les princes du capital, leur domination écrasante sur la vie de chacun, vie matérielle et culturelle. Leur enrichissement a franchi toutes les limites, avec un Musk qui possède l’équivalent de deux fois le budget de la France. Un enrichissement qui aggrave les problèmes au lieu de les résoudre. C’est le cas pour le réchauffement climatique et la préservation de la biodiversité, c’est le cas concernant le creusement des inégalités, dangereux pour l’équilibre de toute l’humanité et c’est le cas également pour la démocratie devenue un carcan pour la libre exploitation des êtres humains et des ressources de la terre. Face à ces ultimes défis, la terre des nobles et puissants seigneurs, c’est-à-dire la terre pour quelques-uns, ne peut devenir que la terre de l’humanité tout entière si l’on veut sauver : et la terre, et l’humanité.
Comment cela peut-il s’appeler ? Face à ce que certains appellent aujourd’hui « l’accélération de l’histoire », une accélération effrayante, il est urgent d’ouvrir le débat sur une perspective qui mettra un terme à une fuite en avant désormais clairement suicidaire.
2) La fuite en avant de ce système se caractérise par son incapacité totale à tenir les engagements permettant d’atteindre les objectifs qui arrêteraient le réchauffement climatique.
L’expérience de ces 20 dernières années permet aujourd’hui de l’affirmer. Nous sommes pratiquement au point de non–retour. Au rythme actuel nous aurons dépassé en 2030 (+1,5°C) l’objectif proposé pour… 2100. Et actuellement le capitalisme ne sait que déplacer le problème en économisant d’un côté du CO2, mais pas assez, tout en allant exploiter des ressources naturelles ailleurs. A partir de là il atteint progressivement et rapidement les limites de l’exploitation des êtres humains et de la terre. C’est pourquoi, l’universitaire japonais, Kohei SAITO évoque comme seule issue possible, « un communisme de décroissance » ajoutant : « auquel avait abouti Marx avant de mourir ». Une société qui ne pense pas à l’avenir de la planète et les conditions de la survie de l’humanité est « condamnées à retourner à un état de barbarie» , nous dit l’universitaire. Nous en vivons les prémisses et même un peu plus.
Il en va de même avec la question fondamentale des inégalités. Elles se creusent à une vitesse fulgurante. Je ne cite aucun chiffre, ils sont ultra connus, du moins par les communistes. L’enrichissement des plus riches, l’accaparement sans limites des richesses produites par tous, au détriment de la protection de l’environnement et du respect de la vie de chacune et chacun, devient un problème majeur.
Nous entrons dans une autre dimension. On prend à ceux qui n’ont rien pour que d’autres finissent par avoir trop. Les GAFAM, ces nouveaux seigneurs du monde se gavent et conditionnent les cerveaux. Ils disposent de fortunes qui dépassent, non seulement le budget mais le PIB de nombreux pays. Patrick ARTUS, pourtant pas un violent gauchiste, écrit que « le système se gave jusqu’à l’overdose ». Tout est à acheter, à conquérir. Ils ont le fric, le pouvoir et l’essentiel des médias et des réseaux sociaux. Nous en revenons à ce qu’un théoricien de la communication, conseiller de Hitler, puis exilé aux Etats-Unis, appelait : « La fabrique du consentement. » Sauf qu’aujourd’hui leurs moyens sont décuplés.
La clé de notre survie passe donc par la victoire de l’égalité et de la justice, contre l’accaparement toujours plus grand de richesse par une toujours plus petite caste d’ultras milliardaires. Enlever, à une part immense de l’humanité la possibilité de s’éduquer et s’éduquer davantage et de manière libre, de se cultiver et se cultiver davantage de manière libre, sans censure, mais aussi la possibilité de se nourrir, se soigner, et mieux, c’est abaisser le potentiel d’humanisation de toutes et tous. Le capitalisme est-il en mesure d’assurer une équité mondiale qui est le seul moyen de vivre ensemble ? Est-il en mesure d’assurer la fin d’une course poursuite infernale vers toujours plus d’exploitation de l’être humain et des ressources de la planète (sauf 1% d’entre eux qui exploitent) ? La réponse est NON ! Il est en train de faire sombrer la planète en repoussant les limites d’un accaparement réservé à une toute petite minorité.
3) Les mots
Les mots qui représentent une perspective pour l’humanité et doivent construire un espoir sont donc : Egalité, justice sociale et fiscale, commun, partage, fraternité, coopération, solidarité, dignité et sens du travail, écologie, souveraineté alimentaire, gratuité pour la santé, l’éducation, l’accès pour tous à la culture, pour les transports publics, démocratie dans la cité et l’entreprise. Enfin le mot qui marche avec : Paix.
Ce sont exactement le contraire des mots de ce que produit le capitalisme.
C’est ce qui battit une société communiste. C’est « un processus qui passe par des luttes », mais commence au quotidien « à libérer les éléments d’une société nouvelle que porte dans ses flans la vieille société… » Marx.
4) Ce 40e congrès doit répondre au fond à une seule question : La société dans laquelle nous vivons, le monde dans lequel nous vivons, sont-ils au pied du mur de leur survie ?
La réponse est OUI ! certains disent « nous vivons une rupture », d’autres « nous entrons dans une nouvelle ère ». Beaucoup le disent pour s’inscrire dans la fuite en avant du capitalisme en train de partager la planète en 4 ou 5 morceaux faisant franchir d’un cran la guerre du profit, de l’exploitation et avec les risques de conflits qui grandiront eux-mêmes d’un cran. Au moins les deux formules mettent en évidence que nous sommes face à un problème majeur pour la résolution duquel la société actuelle n’a pas la réponse. Non le capitalisme, qu’on lui adjoigne un qualificatif ou pas, n’est plus en mesure de répondre aux défis majeurs posés aujourd’hui à l’humanité. Et si l’on tient vraiment à le qualifier il faut dire clairement qu’il est un capitalisme de ségrégation économique et sociale.
Nous avons la responsabilité de mettre en débat, et d’urgence, cette question fondamentale. Nous avons à proposer le débat sur cette nouvelle ère nécessaire à toutes et tous.
Il faut le lancer lancer autour des valeurs et des idées qui libèrent l’humanité et la terre.
5) Trois points sont centraux :
1 Répondre aux besoins essentiels de chaque être humain. Nous en avons aujourd’hui les moyens scientifiques, technologiques et humains.
2 Protéger la nature. Nous en avons également les moyens même si nous avons à mieux en définir la stratégie.
3 La Démocratie. Une démocratie partout et en tout. Aller au-delà de la démocratie représentative, utile mais trop limitée aujourd’hui dans un monde plus complexe, plus instruit et donc qui demande l’implication de toutes et tous. Chacun doit être citoyen et citoyenne, « acteur de terrain », « citoyen de terrain », partout y compris à son travail, moment essentiel de la vie où la liberté doit aussi vivre et s’exprimer.
6) Les valeurs sur lesquelles construire :
LA JUSTICE ET L’EGALITE.
Justice sociale, justice fiscale. Ce que l’on peut appeler égalité. Egalité devant l’impôt, suppression des paradis fiscaux, aides aux entreprises soumises à conditions et contrôle…
LE COMMUN, CE QUI NOUS LIE.
Ce qui doit être accessible à tout être humain, en partage : l’eau, l’air, l’espace, la santé, l’éducation, la culture, l’énergie, les transports, la sécurité. Les services publics garant de l’égalité et de la solidarité.
UNE TERRE PRESERVEE.
Le climat, la biodiversité font parties désormais des toutes premières prioritaires.
LE TRAVAIL Valorisé.
Un salaire permettant de vivre dignement (se nourrir, se loger, se soigner, s’éduquer, se cultiver, se déplacer, se chauffer…).
Un travail utile qui valorise chacune et chacun et dont les conditions sont humanisées.
La recherche, comme outil majeur d’un développement en faveur de l’humanité, de la planète et de notre indépendance.
L’EDUCATION ET LA CULTURE, MOYENS D’EMANCIPATION.
Il s’agit de former des citoyens actifs, ouverts au pluralisme, aux idées différentes, au débat et à la réflexion. Une éducation artistique permettant l’accès au beau et à la réflexion libre. Une découverte des sciences, de leur intérêt et de leur apport…
UNE DEMOCRATIE SUPERIEURE.
Citoyen dans la cité et dans l’entreprise, comme le demandait Jean Jaurès. Développement des coopératives, de l’autogestion. Droit de proposition, de participation aux décisions…
UN MONDE DE COOPERATION.
L’échange équilibré, respectueux des peuples. Garantie de la paix.
7) Comment fait-on ?
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D’abord en affichant clairement que le communisme est à l’ordre du jour car le capitalisme nous a mené à l’ultime question, ce que Patrick ARTUS appelle : « La catastrophe à venir », qui pose clairement le problème de la survie de l’humanité, avec le danger de l’effacement de la démocratie et la montée des fascismes.
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Ensuite montrer qu’il existe une communauté d’intérêts, de valeurs, entre tous les êtres humains face aux dangers qui les menacent tous. C’est cette communauté d’intérêts qui appelle une société de solidarité, de fraternité qui sera en charge d’apporter : équilibre écologique, équilibre sociale et donc : paix.
Nous n’avons personne à exclure de ce rassemblement. Ce sont les capitalistes milliardaires et leurs soutiens politiques qui excluent et divisent.
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Mener une bataille idéologique, comme nous l’a rappelé sans cesse Marx, s’appuyant sur des combats qui touchent au concret de la vie de tous. S’il faut indiquer les valeurs permettant de construire un autre avenir, il faut également immédiatement mettre en débat 10 grandes mesures concrètes, urgentes, s’inscrivant dans la réalisation de cette construction communiste.
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Le moteur de cette bataille sera la démocratie. Pas seulement un vote tous les 5 ans, pas une personne détenant tous les pouvoirs, mais pour chaque grande décision : dans le pays, dans les collectivités, dans les entreprises, l’implication directe de toutes et tous.
Dire haut et fort que la construction de cette société nouvelle se fera au rythme voulu par nos concitoyens, sur des choix qu’ils auront eux-mêmes décidés. Rien ne leur sera imposé. Ils décideront à chaque pas. La responsabilité sera portée par chacune et chacun d’entre eux. Les débats ouverts à tous feront entendre toutes les idées, l’information sera donc plurielle.
Ce chemin de communisme n’existera que parce qu’ils l’auront décidé. Sinon il n’existera pas.
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Enfin pour celles et ceux qui pensent que tout ça est impossible je rappelle la phrase de Mandella : « Tout est toujours impossible jusqu’à ce qu’on le fasse.
Et pour les, encore plus sceptiques, je cite ce chercheur d’Harvard, Erica CHENOWETH qui a dit : « Il suffit que 3,5% d’une population s’engage dans un mouvement de revendication non violent avec conviction pour que la société en question connaisse des changements.
Naturellement il ne s’agit que de pistes, de quelques réflexions. L’ordre de présentation au point 6 n’est pas impératif par exemple.
Ce qui compte c’est de bien travailler sur les valeurs et les objectifs, de bien définir le chemin de cette société dont les pierres sont à poser maintenant, en disant clairement ce qu’elles construisent : elles construisent du communisme, le vrai. Et surtout d’inviter l’ensemble de nos concitoyens à y travailler, car rien ne se fera sans eux.
Je n’évoque pas la question stratégique qui peut fluctuer selon les circonstances, les enjeux, les dangers, mais qui sera de toute façon, de luttes, de rassemblement, de combat d’idées, sans exclusion.
L’exclusion c’est les autres. Nous aurons à affirmer notre vision de l’avenir et c’est cela qui créera le débat et l’espoir… même à partir des 3,5% que l’on aura pu convaincre que l’avenir c’est le communisme et maintenant.